Pourquoi avons-nous du mal à reconnaître que nous avons tort ?
Changer d'avis peut menacer notre cohérence, notre image de nous-mêmes ou simplement nous demander un effort mental.
Reconnaître que nous nous sommes trompés semble simple en théorie. En pratique, cela peut toucher à notre cohérence, à notre image de nous-mêmes et à la manière dont nous voulons être perçus.
1. « Et si je m'étais trompé ? »
Imaginez que vous défendiez une opinion depuis plusieurs semaines. Vous avez donné des arguments, convaincu quelqu'un, peut-être même critiqué ceux qui pensaient autrement.
Puis une nouvelle information arrive. Elle fragilise votre position.
Une possibilité existe : « J'avais peut-être tort. »
Pourquoi cette phrase peut-elle être si difficile à prononcer ?
Parce qu'une erreur ne concerne pas toujours uniquement le contenu de ce que nous pensions. Elle peut aussi toucher l'image que nous avons de nous-mêmes : quelqu'un de compétent, de cohérent, de raisonnable ou de bien informé.
2. Une erreur ne concerne pas seulement une information
Si nous découvrons que nous avons mal retenu une date, le coût psychologique est généralement faible.
Mais certaines erreurs sont liées à des décisions, des opinions ou des relations importantes. Plus une position est investie personnellement, plus il peut devenir difficile de la modifier.
Nous ne cherchons alors pas seulement à savoir ce qui est vrai. Nous pouvons aussi chercher à préserver une certaine continuité dans notre manière de nous voir.
3. Reconnaître son erreur peut créer une tension intérieure
Une partie du problème vient de la dissonance cognitive : lorsque certaines de nos croyances, décisions ou comportements deviennent difficiles à concilier, cette contradiction peut être psychologiquement inconfortable.
Une façon de réduire cette tension consiste à modifier notre position. Mais ce n'est pas la seule.
Nous pouvons aussi minimiser l'information nouvelle, chercher des arguments contraires ou réinterpréter ce qui s'est passé.
Cela ne signifie pas que nous faisons systématiquement cela. Mais cela montre pourquoi changer d'avis n'est pas seulement une opération logique.
4. Nous cherchons naturellement à protéger une image cohérente de nous-mêmes
Nous avons généralement intérêt à maintenir une certaine cohérence entre ce que nous pensons, ce que nous faisons et la manière dont nous nous percevons.
Admettre une erreur peut donc demander une petite réorganisation : « Je pensais cela, j'ai agi en conséquence, et maintenant j'ai de bonnes raisons de penser autrement. »
Cette phrase peut sembler évidente. Pourtant, elle suppose d'accepter que notre jugement passé pouvait être raisonnable avec les informations dont nous disposions, tout en étant finalement incorrect.
Reconnaître une erreur ne signifie donc pas nécessairement que nous étions « idiots » ou « irrationnels ». Cela signifie parfois simplement que nous avons appris quelque chose.
5. Nos raisonnements peuvent devenir défensifs
Lorsque nous sommes fortement attachés à une conclusion, nous pouvons chercher et interpréter les informations d'une manière qui protège davantage cette conclusion.
La recherche sur le raisonnement motivé montre notamment que nos objectifs et nos préférences peuvent influencer la manière dont nous évaluons les informations et les arguments.
Le phénomène est important : être capable de raisonner n'empêche pas d'utiliser ce raisonnement pour défendre une position à laquelle nous tenons.
6. Plus nous avons investi dans une position, plus le recul peut coûter
Une opinion peut être liée à du temps, des efforts, des décisions passées ou une réputation.
Plus nous avons investi dans une position, plus l'admettre comme erronée peut donner l'impression que tout cet investissement était inutile.
Pourtant, il existe une différence essentielle entre « ce que j'ai fait était une erreur » et « tout ce que j'ai fait était absurde ».
Cette distinction permet de corriger une décision sans avoir besoin de condamner toute notre histoire passée.
7. Pourquoi les preuves ne suffisent pas toujours
On pourrait imaginer qu'une preuve suffisamment solide devrait automatiquement provoquer un changement d'avis.
Mais une information n'est jamais évaluée dans le vide. Elle arrive dans un ensemble de croyances, de connaissances, d'expériences et parfois d'attachements personnels.
Et lorsque deux personnes partent de cadres différents, la même information peut ne pas avoir la même signification pour chacune.
La bonne question n'est donc pas seulement : « Ai-je des preuves ? » mais aussi : « Suis-je réellement prêt à laisser ces preuves modifier ma conclusion ? »
8. Nous ne sommes pas condamnés à défendre nos erreurs
Le fait que notre raisonnement puisse être influencé par nos motivations ne signifie pas que nous sommes incapables de changer.
Une attitude plus souple consiste à considérer nos opinions comme des conclusions provisoires plutôt que comme des éléments définitifs de notre identité.
On peut alors dire : « Avec les informations que j'avais, je pensais cela. Avec les nouvelles informations, je pense peut-être autrement. »
Cette manière de voir l'erreur transforme quelque chose qui menace notre image en une occasion de mise à jour.
9. Comment devenir plus facile à corriger ?
Quelques réflexes peuvent aider :
- Séparer son identité de ses opinions : avoir tort sur un point ne définit pas toute notre valeur.
- Formuler ce qui pourrait nous faire changer d'avis : cela rend notre position réellement testable.
- Chercher activement l'information contradictoire : pas pour se donner tort systématiquement, mais pour vérifier la solidité de son raisonnement.
- Accepter les mises à jour : changer d'avis après avoir appris quelque chose n'est pas une faiblesse.
- Éviter le tout ou rien : une conclusion peut être partiellement correcte et néanmoins devoir être révisée.
Le but n'est pas de douter de tout. C'est de rester suffisamment ouvert pour pouvoir corriger une conclusion lorsque les raisons de le faire deviennent convaincantes.
10. À retenir
Nous avons parfois du mal à reconnaître que nous avons tort parce qu'une erreur peut toucher bien plus qu'une information.
Elle peut remettre en question une décision, une opinion, une impression de compétence ou une image cohérente de nous-mêmes.
Nos raisonnements peuvent alors devenir défensifs, notamment lorsque nous sommes fortement investis dans une position.
Mais reconnaître une erreur n'est pas nécessairement reconnaître que nous sommes incapables. C'est parfois simplement accepter une idée fondamentale : nous pouvons avoir pensé quelque chose de bonne foi et découvrir ensuite que nous avions tort.
Changer d'avis n'efface pas ce que nous savions hier. Cela montre que nous savons intégrer ce que nous apprenons aujourd'hui.
Références
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- Kunda, Z. (1990). The case for motivated reasoning. Psychological Bulletin, 108(3), 480–498. DOI: 10.1037/0033-2909.108.3.480.
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- Aronson, J., & Mills, J. (1959). The effect of severity of initiation on liking for a group. Journal of Abnormal and Social Psychology, 59(2), 177–181. DOI: 10.1037/h0047195.