Relations

La peur du regard des autres

Le jugement social peut modifier notre comportement, parfois meme lorsque personne ne nous observe reellement.

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Nous pouvons parfois avoir l'impression que les autres nous regardent, nous évaluent ou remarquent la moindre de nos maladresses.

Avant une présentation, un rendez-vous, une soirée ou même une simple prise de parole, une question peut surgir : « Qu'est-ce qu'ils vont penser de moi ? »

Cette préoccupation peut modifier notre comportement alors même que les autres ne nous observent probablement pas autant que nous l'imaginons.

Le regard des autres représente une information importante pour nous

Les êtres humains vivent dans des environnements sociaux. La manière dont les autres nous perçoivent peut avoir des conséquences concrètes : être accepté, apprécié, rejeté, soutenu ou critiqué.

Il n'est donc pas surprenant que nous soyons sensibles aux réactions des personnes qui nous entourent.

Le problème apparaît lorsque cette sensibilité devient tellement importante que nous commençons à anticiper constamment le jugement des autres.

Nous ne réagissons pas seulement à ce que les autres pensent réellement de nous, mais aussi à ce que nous imaginons qu'ils pourraient penser.

Nous pouvons nous sentir observés sans l'être réellement

Un phénomène bien étudié en psychologie est celui de l'« effet projecteur » : nous avons tendance à surestimer la quantité d'attention que les autres portent à notre apparence, à nos erreurs ou à nos comportements.

Une petite maladresse peut alors nous sembler énorme parce que nous la vivons de l'intérieur.

Pourtant, les autres disposent souvent de beaucoup moins d'informations que nous sur ce qui vient de se passer. Ils peuvent ne pas avoir remarqué l'événement, ou l'avoir oublié quelques instants plus tard.

Pourquoi une petite erreur peut prendre autant de place

Lorsque nous faisons une erreur en public, nous avons accès à toute notre expérience : nous savons ce que nous voulions dire, ce que nous avons ressenti, ce que nous avons pensé juste avant et ce que nous aurions voulu faire différemment.

Pour une personne extérieure, il ne s'agit souvent que d'un événement parmi beaucoup d'autres.

Cette différence peut expliquer pourquoi notre propre erreur nous paraît parfois beaucoup plus importante qu'elle ne l'est pour les autres.

Nous imaginons souvent le jugement avant même qu'il existe

La peur du regard des autres ne nécessite pas qu'une personne nous critique réellement.

Il suffit parfois d'imaginer ce qu'elle pourrait penser.

« Ils vont trouver ma question stupide. »

« Ils vont remarquer que je suis nerveux. »

« Ils vont penser que je ne suis pas à la hauteur. »

Ces pensées peuvent produire une émotion réelle à partir d'un jugement qui, lui, n'existe peut-être que dans notre anticipation.

La peur du jugement peut modifier notre comportement

Lorsque nous anticipons une évaluation négative, nous pouvons chercher à réduire notre exposition.

Nous parlons moins, évitons de poser une question, reportons une prise de parole ou renonçons à une activité dans laquelle nous risquons de ne pas être parfaits.

À court terme, cette stratégie peut apporter un soulagement : si nous évitons la situation, nous évitons aussi l'inconfort qui l'accompagne.

Mais ce soulagement peut avoir un effet secondaire : nous n'avons jamais l'occasion de vérifier si notre anticipation était réellement fondée.

Le problème de l'évitement

Imaginez une personne qui hésite à prendre la parole en réunion parce qu'elle craint de paraître incompétente.

Elle garde finalement son idée pour elle et ressent un soulagement.

Mais elle ne découvre jamais que les autres auraient peut-être trouvé son intervention intéressante, ou qu'ils n'y auraient accordé qu'une attention très limitée.

L'évitement protège donc immédiatement de l'inconfort, mais il peut aussi empêcher de corriger une prédiction trop négative.

Nous nous comparons également aux autres

Le regard des autres devient particulièrement important lorsque nous évaluons notre propre position par comparaison.

Nous pouvons nous demander si nous sommes suffisamment compétents, séduisants, intéressants, sociables ou performants.

Les comparaisons sociales ne sont pas nécessairement négatives. Elles peuvent nous aider à apprendre et à comprendre où nous nous situons.

Mais lorsqu'elles deviennent constantes, elles peuvent transformer chaque interaction en évaluation de notre propre valeur.

Le regard des autres n'est pourtant pas toujours aussi sévère que nous l'imaginons

Une difficulté importante vient du fait que nous ne pouvons pas accéder directement aux pensées des autres.

Nous devons les inférer à partir de leurs expressions, de leurs paroles et de leurs comportements.

Lorsque nous sommes déjà inquiets, une réaction neutre peut alors être interprétée comme négative : un silence devient un signe de désapprobation, une expression sérieuse devient un jugement, une absence de réponse devient un rejet.

Ce n'est pas nécessairement ce que pense réellement l'autre personne.

Ce que dit la recherche

Les travaux sur l'effet projecteur montrent que nous surestimons parfois la mesure dans laquelle notre apparence ou nos comportements sont remarqués par les autres.

Les recherches sur l'attention sociale montrent également que nous ne sommes pas toujours aussi centraux dans l'attention des autres que nous le ressentons subjectivement.

La théorie du sociomètre propose par ailleurs que notre estime de nous-mêmes puisse être sensible aux indices indiquant une possible acceptation ou un possible rejet social. Cette sensibilité peut être utile pour nous aider à ajuster notre comportement, mais elle peut aussi rendre certaines situations sociales particulièrement importantes à nos yeux.

Ces recherches ne signifient pas que le jugement social est imaginaire. Les réactions des autres peuvent réellement avoir de l'importance. Elles montrent plutôt que notre perception de l'attention et du jugement des autres n'est pas toujours parfaitement proportionnée à la réalité.

Une question permet parfois de retrouver une marge de manœuvre

Lorsque nous nous sentons observés, une question simple peut aider à distinguer les faits de notre anticipation :

« Qu'est-ce que je sais réellement de ce que les autres pensent, et qu'est-ce que j'imagine ? »

Cette question ne supprime pas automatiquement l'inconfort. Elle permet simplement de ne pas traiter une hypothèse comme une certitude.

Nous pouvons alors continuer à agir même si une part d'incertitude demeure.

Le but n'est pas de ne plus se soucier du regard des autres

Vouloir être apprécié ou respecté n'est pas un défaut.

Les relations sociales comptent réellement, et les réactions des autres peuvent parfois nous apporter des informations utiles sur notre comportement.

L'objectif est plutôt de retrouver une proportion plus réaliste : accepter que les autres puissent nous juger, sans leur attribuer automatiquement un jugement négatif et sans faire dépendre toute notre conduite de ce que nous imaginons qu'ils pensent.

Nous pouvons accepter une part de vulnérabilité tout en continuant à participer, parler, essayer et apprendre.

Références

À retenir

La peur du regard des autres repose en partie sur une réalité importante : nous sommes des êtres sociaux et l'évaluation des autres compte pour nous. Mais nous pouvons aussi surestimer l'attention qu'ils nous accordent et transformer nos propres anticipations en certitudes. Distinguer ce que nous savons de ce que nous imaginons permet de retrouver une marge de liberté et de continuer à agir malgré l'incertitude.