Pourquoi procrastinons-nous alors que nous savons quoi faire ?
La procrastination paraît irrationnelle. Pourtant, plusieurs mécanismes psychologiques permettent de comprendre pourquoi nous repoussons une tâche que nous savons importante.
Nous savons parfois exactement ce que nous devrions faire. La tâche est importante, les conséquences sont connues, et pourtant nous ouvrons une autre application, répondons à un message, rangeons quelque chose ou nous promettons de commencer un peu plus tard.
Ce comportement peut sembler irrationnel. Si nous savons qu'une tâche doit être réalisée, pourquoi choisissons-nous malgré tout de la repousser ?
1. Procrastiner ne signifie pas simplement être paresseux
La procrastination correspond au fait de retarder volontairement une action que nous avons pourtant l'intention d'accomplir, alors même que ce délai risque de nous mettre en difficulté.
Cette définition est importante : procrastiner ne signifie pas nécessairement ne rien faire. Nous pouvons être très occupés tout en évitant précisément la tâche que nous savons devoir réaliser.
Le problème n'est donc pas toujours de savoir quoi faire. Il peut être de parvenir à commencer ce que nous avons décidé de faire.
2. Le présent pèse souvent plus lourd que le futur
Une des explications importantes concerne la différence entre les bénéfices immédiats et les bénéfices futurs.
Répondre à un message procure une récompense immédiate. Regarder une vidéo, consulter son téléphone ou faire une tâche plus facile peut également apporter rapidement du plaisir ou un sentiment d'accomplissement.
À l'inverse, travailler sur un dossier important peut demander un effort maintenant pour obtenir un bénéfice beaucoup plus tard. Lorsque nous devons choisir entre ces deux options, le présent peut devenir particulièrement attirant.
3. Certaines tâches provoquent davantage d'évitement
Nous ne remettons pas toutes les tâches à plus tard avec la même facilité.
Une tâche peut être particulièrement difficile à commencer lorsqu'elle est ennuyeuse, frustrante, complexe, incertaine ou lorsqu'elle nous expose à la possibilité d'échouer.
Dans ces situations, repousser la tâche peut apporter un soulagement immédiat. Nous évitons momentanément l'inconfort associé à l'action.
Le problème est que ce soulagement peut renforcer le comportement d'évitement : si repousser une tâche nous fait nous sentir mieux pendant quelques minutes, notre cerveau apprend que cette stratégie fonctionne à court terme.
4. L'écart entre l'intention et l'action
Dire « je vais m'en occuper demain » constitue une intention générale. Mais cette intention ne précise pas nécessairement quand nous allons agir, par quoi nous allons commencer ni quelle sera la première étape.
Plus une tâche reste vague, plus le coût mental du démarrage peut être important.
À l'inverse, transformer une intention en action concrète peut faciliter le passage à l'acte : « demain à 9 h, j'ouvre le document et je travaille pendant dix minutes » demande moins de décisions au moment de commencer.
5. Pourquoi attendons-nous parfois le dernier moment ?
Le délai peut donner l'impression que nous avons encore beaucoup de temps. Tant que l'échéance paraît lointaine, l'urgence reste faible.
À mesure que l'échéance approche, la valeur immédiate de l'action augmente : il devient soudain plus important de travailler maintenant que de chercher une activité plus agréable.
C'est pourquoi certaines personnes ont l'impression de fonctionner « sous pression ». La pression ne crée pas nécessairement de meilleures capacités : elle réduit simplement le nombre d'alternatives que nous pouvons encore choisir.
6. Le piège de la tâche parfaite
Une autre difficulté apparaît lorsque nous associons le démarrage à l'idée de devoir réussir parfaitement.
Si nous pensons qu'il faut produire immédiatement un travail excellent, la première étape peut devenir intimidante. Commencer un brouillon imparfait semble alors insuffisant, voire inutile.
Accepter qu'une première version puisse être incomplète permet parfois de réduire cette pression.
7. Comment rendre le démarrage plus facile ?
Une stratégie simple consiste à réduire la taille de la première action.
Au lieu de « faire le dossier », nous pouvons décider d'ouvrir le document. Au lieu de « faire du sport », nous pouvons mettre nos chaussures et sortir dix minutes. Au lieu de « répondre à tous les emails », nous pouvons commencer par un seul message.
Cette approche ne résout pas nécessairement toute la tâche. Elle réduit surtout la distance entre l'intention et le premier comportement observable.
Ce que dit la recherche
Les travaux sur la procrastination mettent notamment en évidence le rôle de l'aversion pour la tâche, de l'impulsivité, de la perception du délai avant la récompense et du sentiment d'efficacité personnelle.
Les recherches sur les intentions d'implémentation montrent également qu'un objectif peut être plus facile à mettre en œuvre lorsqu'il est associé à une situation précise et à une action déterminée.
Une question utile à se poser
Lorsque nous constatons que nous repoussons encore une tâche, il peut être plus utile de demander :
« Qu'est-ce qui rend cette tâche difficile à commencer, ici et maintenant ? »
Puis :
« Quelle est la plus petite action concrète que je peux faire dans les cinq prochaines minutes ? »
La procrastination n'est pas toujours un manque de volonté. Elle peut être le résultat d'une confrontation entre une tâche coûteuse maintenant et une récompense plus immédiate.
Références
- Steel, P. (2007). The Nature of Procrastination: A Meta-Analytic and Theoretical Review of Quintessential Self-Regulatory Failure. Psychological Bulletin, 133(1), 65–94. DOI : 10.1037/0033-2909.133.1.65.
- Gollwitzer, P. M., & Sheeran, P. (2006). Implementation Intentions and Goal Achievement: A Meta-Analysis of Effects and Processes. Advances in Experimental Social Psychology, 38, 69–119.
- Svartdal, F. et al. (2018). Examining Procrastination Across Multiple Goal Stages: A Longitudinal Study of Temporal Motivation Theory.
À retenir
Nous procrastinons parfois non parce que nous ignorons ce qu'il faudrait faire, mais parce que l'action immédiate demande un effort, provoque un inconfort ou paraît moins attractive qu'une récompense disponible tout de suite. Réduire la première étape, préciser quand agir et accepter de commencer imparfaitement peuvent faciliter le passage de l'intention à l'action.