Pourquoi avons-nous du mal à commencer quelque chose, même lorsque nous savons que c’est important ?
Comprendre pourquoi une tâche importante peut sembler difficile à commencer, malgré notre volonté de la réaliser.
Comprendre pourquoi une tâche importante peut sembler difficile à commencer, malgré notre volonté de la réaliser.
Il existe une situation paradoxale que beaucoup de personnes connaissent : nous savons qu’une tâche est importante, nous avons parfois même envie de la faire, mais nous n’arrivons pas à commencer.
Ce blocage ne signifie pas nécessairement que nous sommes paresseux ou que nous manquons de volonté. Le problème se situe souvent dans le passage entre l'intention et l'action.
Le plus difficile est parfois le premier pas
Une tâche importante peut être abstraite, longue, incertaine ou émotionnellement coûteuse. Tant qu’elle reste formulée comme « il faut que je m’en occupe », notre cerveau doit encore déterminer quand commencer, par quoi commencer et quelle première action effectuer.
Cette indétermination laisse facilement la place à une activité plus immédiate et plus gratifiante : consulter son téléphone, répondre à un message, ranger quelque chose ou simplement remettre la tâche à plus tard.
Pourquoi l’importance ne suffit-elle pas ?
Vouloir faire quelque chose et savoir exactement comment commencer sont deux choses différentes. Les recherches sur l’autorégulation montrent notamment qu’une intention générale ne garantit pas son passage à l’action.
Les « intentions d’implémentation » consistent justement à transformer une intention générale en plan concret : si telle situation arrive, alors je fais telle action.
Une méta-analyse de Gollwitzer et Sheeran portant sur 94 tests indépendants a montré que ces plans « si-alors » pouvaient améliorer l’atteinte des objectifs, notamment en facilitant l’initiation de l’action.
Exemples du quotidien
« Je dois faire du sport. » est une intention.
« Après avoir pris mon café demain matin, je mets mes chaussures et je marche pendant dix minutes. » est un plan beaucoup plus précis.
De la même manière, « je dois préparer ce dossier » laisse une grande marge d’hésitation. « À 9 h, j’ouvre le document et j’écris uniquement le titre et les trois premières idées » réduit considérablement le coût du démarrage.
Le piège du tout ou rien
Nous pouvons également rendre le commencement inutilement difficile en imaginant immédiatement la tâche entière. Si nous pensons « il faut que je termine ce rapport », l’objectif paraît massif.
Si nous pensons plutôt « je vais ouvrir le document et travailler cinq minutes », l’action devient beaucoup plus accessible. Commencer ne signifie pas nécessairement terminer. Le premier objectif est simplement de créer le mouvement.
Ce que dit la recherche
Les travaux sur la procrastination montrent que plusieurs facteurs sont associés au fait de remettre une tâche à plus tard, notamment l’aversion pour la tâche, le délai avant la récompense, le sentiment d’efficacité personnelle et l’impulsivité.
Une étude longitudinale consacrée à la procrastination montre également l’importance de l’écart entre l’intention et le moment où l’action doit réellement être réalisée, ainsi que le rôle de l’attention, de la régulation de l’énergie et de l’automaticité.
Une question utile à se poser
Au lieu de demander : « Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à faire cette tâche ? », il peut être plus utile de demander :
« Quelle est l’action la plus petite et la plus concrète que je peux effectuer maintenant ? »
Cette question transforme un problème global en comportement observable.
Références
- Gollwitzer, P. M., & Sheeran, P. (2006). Implementation Intentions and Goal Achievement: A Meta-Analysis of Effects and Processes. Advances in Experimental Social Psychology, 38, 69–119. DOI : 10.1016/S0065-2601(06)38002-1.
- Steel, P. (2007). The Nature of Procrastination: A Meta-Analytic and Theoretical Review of Quintessential Self-Regulatory Failure. Psychological Bulletin, 133(1), 65–94. DOI : 10.1037/0033-2909.133.1.65.
- Svartdal, F. et al. (2018). Examining Procrastination Across Multiple Goal Stages: A Longitudinal Study of Temporal Motivation Theory.
À retenir
Une tâche importante peut rester bloquée tant qu’elle demeure vague, lointaine ou trop lourde mentalement. Pour faciliter le passage à l’action, il est souvent plus efficace de définir une première étape très concrète, de l’associer à un moment précis et d’accepter que commencer n’oblige pas à tout terminer immédiatement.