Pourquoi certaines personnes veulent-elles toujours avoir raison ?
Désaccord, identité, perception de soi : comprendre pourquoi reconnaître une erreur peut être difficile.
Nous connaissons tous ces discussions dans lesquelles le désaccord semble rapidement devenir plus important que le sujet lui-même.
Une personne avance une idée, l'autre la conteste, puis chacun cherche à démontrer qu'il a raison. Quelques minutes plus tard, la conversation ne porte presque plus sur le problème initial.
Pourquoi est-il parfois si difficile de reconnaître que nous pouvons nous tromper ?
Reconnaître une erreur ne concerne pas seulement les faits
Lorsque nous découvrons que nous nous sommes trompés, nous ne corrigeons pas uniquement une information.
Nous pouvons également avoir l'impression que cette erreur dit quelque chose de nous : notre jugement, notre compétence, notre intelligence ou notre capacité à comprendre une situation.
Une simple contradiction peut alors prendre une dimension beaucoup plus personnelle que prévu.
Changer d'avis peut parfois ressembler, à tort, à perdre une partie de l'image que nous avons de nous-mêmes.
Pourquoi une discussion peut devenir défensive
Une remarque comme « je ne suis pas d'accord » ne signifie pas nécessairement « tu es une mauvaise personne ». Pourtant, notre esprit peut parfois rapprocher très rapidement les deux.
Lorsque notre position est fortement liée à notre identité ou à notre sentiment de compétence, une contradiction peut être ressentie comme une menace.
Nous pouvons alors chercher des arguments supplémentaires, minimiser les informations qui nous contredisent ou déplacer la discussion vers les erreurs de l'autre.
Le problème n'est plus seulement de savoir quelle proposition est la plus juste. Il devient aussi important de préserver une image cohérente de soi.
Le besoin de cohérence joue également un rôle
Nous aimons généralement percevoir nos opinions et nos décisions comme cohérentes.
Admettre que nous avions tort peut nous obliger à reconnaître qu'une conclusion précédente était erronée, qu'une décision aurait pu être différente ou que nous avons peut-être mal interprété une situation.
Cette révision demande un effort mental et peut être inconfortable.
Il peut alors être plus facile, sur le moment, de défendre notre position existante que de reconstruire notre compréhension de la situation.
Pourquoi nous cherchons parfois les arguments qui nous arrangent
Lorsque nous avons déjà pris position, nous ne traitons pas toujours toutes les informations de manière parfaitement neutre.
Nous pouvons accorder davantage d'attention aux arguments qui soutiennent notre position et examiner plus sévèrement ceux qui la contredisent.
Cela ne signifie pas que nous cherchons consciemment à nous tromper. Une grande partie de ce processus peut simplement venir du fait que notre position initiale constitue déjà un point de départ mental.
Exemples du quotidien
Dans une discussion professionnelle, reconnaître une erreur devant un collègue peut sembler menacer notre crédibilité. Nous pouvons alors passer davantage de temps à expliquer pourquoi notre décision était raisonnable qu'à examiner ce qui pourrait réellement être corrigé.
Dans un couple, une remarque sur un comportement précis peut également être entendue comme un jugement global : « tu me reproches tout », « tu penses que je ne fais jamais rien correctement ».
Dans une conversation ordinaire, le même mécanisme peut transformer un simple désaccord en compétition : chacun cherche moins à comprendre l'autre qu'à obtenir le dernier mot.
Vouloir avoir raison n'est pas toujours le problème
Il est important de faire une distinction.
Défendre une idée n'est pas nécessairement un signe de rigidité. Nous pouvons avoir de bonnes raisons de maintenir une position, notamment lorsque les informations disponibles nous semblent solides.
Le problème apparaît davantage lorsque le fait d'avoir raison devient plus important que la possibilité d'apprendre quelque chose.
Dans ce cas, une discussion peut devenir une manière de protéger notre position plutôt qu'une occasion de rechercher une réponse plus précise.
Ce que dit la recherche
Les travaux sur la menace du soi et l'auto-affirmation montrent que lorsque certaines informations menacent une dimension importante de notre identité, nous pouvons devenir plus défensifs.
Des recherches expérimentales suggèrent également que renforcer d'autres dimensions positives du soi peut parfois réduire cette défensive et faciliter une réception moins menaçante d'une information.
Les recherches sur la stabilité et la protection du sentiment de soi permettent ainsi de comprendre pourquoi une contradiction peut être traitée comme une information à examiner ou, dans certaines circonstances, comme quelque chose à repousser.
Il faut toutefois éviter une conclusion trop simple : être en désaccord ou défendre une opinion ne signifie pas automatiquement être défensif. Le contexte, l'importance du sujet et la manière dont la critique est formulée comptent également.
Une question peut changer la dynamique
Lorsqu'une discussion devient tendue, une question simple peut créer une petite distance avec notre position :
« Qu'est-ce qui me ferait réellement changer d'avis ? »
Si la réponse est « rien », il peut être utile de se demander pourquoi.
Cette question ne nous oblige pas à abandonner notre opinion. Elle permet simplement de vérifier si nous sommes encore en train d'examiner les arguments ou si nous sommes surtout en train de défendre une position devenue importante pour nous.
Changer d'avis ne signifie pas avoir perdu
Une erreur peut être corrigée sans devenir un jugement sur notre valeur personnelle.
Dire « je me suis trompé » peut même être considéré comme une information nouvelle : nous disposons maintenant d'un élément que nous n'avions pas auparavant.
Cette manière de voir le désaccord transforme progressivement la conversation. L'objectif n'est plus nécessairement de savoir qui gagne, mais de comprendre ce que chacun peut apprendre de la discussion.
Références
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À retenir
Vouloir avoir raison n'est pas nécessairement un problème. La difficulté apparaît lorsque reconnaître une erreur devient une menace pour notre image de nous-mêmes. Dans ces moments-là, prendre quelques secondes pour distinguer la défense de notre position de la recherche réelle d'une réponse peut nous permettre de retrouver une marge de manœuvre.